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Photographe du mois: Michel Feugeas

Christophe Ravoz - 1 juillet 2010

Présentation

Michel Feugeas, photographe autodidacte né en France en 1955, réside actuellement à Montréal. Autodidacte, il se lance dans la photographie pendant ses études secondaires en se formant aux techniques de l’argentique et décide, quelques années plus tard d’employer le numérique porter son art vers de nouveaux horizons. Michel privilégie simplicité et dépouillement pour sublimer ses sujets, loin des dictâtes de la mode et de la publicité. Découvrez son univers offrant visions poétiques, représentations modernes des arts de la peinture et sublimation des corps !

Michel-Feugeas

Interview

1. Pour débuter cet interview, pourriez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

Je suis un autodidacte qui a toujours été intéressé par la technique autant que par les arts. Je me suis intéressé sérieusement à la photographie à l’adolescence et j’ai été initié, dans les années 70, à la technique de chambre noire, mais ce n’est qu’au début des années 80 que j’ai pu m’offrir un SLR et vraiment découvrir le potentiel de ces appareils. La photographie est pourtant demeurée pour moi un loisir, ma carrière s’étant orientée vers l’informatique.

Ce n’est que beaucoup plus tard, lors de l’apparition des appareils numériques, que j’ai compris que je pourrais enfin réunir art et technologie. J’ai ainsi fait mes premières armes, au début des années 2000, avec un compact numérique, puis un DSLR en 2006. A partir de ce moment, j’ai cherché à développer un style et une technique que les technologies numériques me permettraient d’exploiter avec des moyens somme toute relativement modestes. Aujourd’hui encore, la photographie n’est pas mon gagne-pain, mais un moyen d’expression auquel je m’adonne avec passion.

Parcours-de-Micheal-Feugeas

2. Vous vous êtes très tôt intéressé à la photographie, était-ce pour vous la voie à suivre dès votre plus jeune âge?

Dès l’âge de 11 ans, j’ai eu le privilège de jouer avec l’appareil photo familial et de réaliser mes premières images. A ce moment là, c’est surtout la technique qui me fascinait, et cela s’est poursuivi jusqu’à l’adolescence. Cependant, je n’ai jamais envisagé, à ce moment là, en faire une carrière, peut-être parce que les sciences et la technologie m’attiraient plus encore que les possibilités relativement limitées de la photographie argentique. La photographie est donc restée pour moi, pendant une vingtaine d’années, un loisir relativement marginal.

Carriere-Michel-Feugeas

3. Il semble que votre environnement familial ait joué un rôle influent dans votre démarche, votre entourage comportant un certain nombre d’artistes visuels, pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

J’ai eu la chance d’avoir un grand-père artiste peintre, et toute mon enfance a été marquée par les natures mortes et les paysages qui décoraient les murs de notre maison. J’ai également pu admirer des livres de technique de dessin et de peinture, en particulier des portraits et des nus qui me fascinaient. Et puis mon frère aîné a étudié aux Beaux-Arts et j’ai pu être initié, grâce à ses travaux et ses lectures, à divers courants de l’art visuel. Enfin, dans les dernières années, j’ai fréquenté plusieurs artistes, dont Richard Lacroix qui est bien connu dans le domaine de la gravure d’art au Québec.

Environnement-Michel-Feugeas

4. Mr. Feugeas, Votre art transpose avec brio toutes les émotions des univers poétiques, pourriez-vous dire que la photographie vous permet de retranscrire les émotions de l’abstraction ?

Je crois que ce sont les techniques numériques qui permettent aujourd’hui autant de liberté avec la photographie. Mal utilisées, elles peuvent servir simplement à déformer la réalité pour la rendre conforme aux exigences de la mode. Mais je crois qu’elles peuvent aussi gagner leurs lettres de noblesse en permettant d’exprimer des concepts aussi abstraits que ce que la peinture ou le dessin permettent de traiter. Avec les possibilités qu’offre le numérique, il n’y a de limites que notre imagination.

Poesie-photographie

5. Vos natures mortes sont saisissantes, l’influence des peintres du XVIeme et XVII est très présente dans votre travail. Pourquoi et comment avez-vous décidé d’aborder ces concepts ?

Ayant franchi le cap de la cinquantaine, c’est toujours avec une certaine nostalgie que je repense aux peintures et aux dessins qui ont accompagné mon enfance. C’est cette nostalgie que je cherche à exprimer dans mes photos, pour tenter de retrouver l’ambiance de ces images, et en particulier la lumière. J’ai toujours été fasciné par les clair-obscurs, en particulier chez des peintres comme Georges de Latour, et par la présence dominante de l’ombre dans la peinture classique. J’ai été frappé par le fait que beaucoup de photographes ont peur de l’ombre, et abusent de l’éclairage, en particulier en studio.

Pour ma part, je préfère souvent travailler en lumière naturelle et « ajouter » des ombres au moyen de rideaux, de cartons, etc. Je travaille la plupart du temps en sous-exposition, afin de partir d’une image plus sombre et de mieux en moduler la lumière lors du post-traitement. Enfin, j’aime travailler les couleurs et les textures pour donner de l’âge et de la patine à l’image, et exprimer ainsi cette nostalgie dont je parlais plus tôt.

natures-mortes

6. Votre travail sur les “nus”, eux aussi portent, portent l’influence de grands courants de la peinture, quel regard portez-vous sur les corps humains dans votre travail ?

Ce que j’aime, dans le nu, c’est le côté naturel et authentique. J’apprécie la sincérité d’un corps nu qui peut se raconter avec ses qualités et ses défauts, ses rides, ses cicatrices, ses textures. Le corps humain est fascinant en ce qu’il permet d’exprimer une infinité de sentiments, de la douleur la plus déchirante à l’érotisme le plus débridé, et ce sans avoir besoin d’accessoires ou très peu. C’est pourquoi je travaille le plus souvent avec un minimum de décors, peu ou pas de maquillages, peu de lumière. A travers le corps ainsi débarrassé de ses artifices, c’est l’être humain qui s’exprime dans toute la gamme de ses émotions.

nus-photographie

7. Une de vos séries est inspirée des travaux d’Istvan Sandorfi, pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

J’ai découvert récemment les œuvres de ce peintre et j’ai été immédiatement séduit par sa technique et sa démarche. En particulier, l’usage de la photographie comme base de sa peinture, le recours au nu et son association avec la nature morte, le dépouillement des décors… J’ai été frappé par le fait qu’il utilise constamment pour décor les murs nus et défraîchis de son studio, ainsi que je le faisais moi-même. Cela m’a conforté dans l’idée qu’on pouvait exprimer beaucoup avec si peu d’accessoires. Le mariage des textures de bois, de tissu, de plâtre, de verre et de peau est aussi quelque chose qui me séduit et m’inspire dans l’œuvre de Sandorfi.

istvan-sandorfi

8. Lorsque je regarde vos travaux, j’ai envie de vous qualifier de peintre photographe, mixant arts ancestraux et arts modernes. Qu’en pensez-vous ?

J’apprécie ce qualificatif et je l’accepte en toute humilité, car je crois qu’il exprime vraiment ce que je tente créer.

arts-modernes

9. Nous trouvons intéressante votre vision de la photographie, associant un triptique du « vivant » de « l’abstrait » et de « l’objet », s’agit-il pour vous d’une sainte trinité ?

Absolument ! C’est pour moi la représentation de l’humain dans ses rapports avec l’espace mais aussi avec le temps. Tout le défi est d’exprimer cela dans une image en deux dimensions.

abstrait-objet

10. Vous arrive-t-il de décliner une collaboration ? Si oui, quels sont vos critères décisionnels?

Je cherche surtout à ne pas tomber dans la facilité, et, bien que je m’inspire de milliers d’images que je contemple à chaque instant, je m’efforce de développer mon propre style. Je fuis la mode et la photographie commerciale, bien que je les respecte. Je tiens essentiellement à ma liberté de création mais j’aime beaucoup collaborer avec d’autres créateurs, chanteurs, auteurs ou artistes visuels, lorsque nos visions s’enrichissent mutuellement de ces partages.

collaboration-photo

11. Votre recueil « Rêves, contes et poésie » est disponible depuis décembre 2009, pourriez-vous nous en dire plus sur ce projet ?

Il s’agit surtout d’un petit cadeau personnel que j’ai voulu m’offrir pour tenter de regrouper quelques photographies autour d’un thème. L’idée de Cela m’a permis de partager des idées avec quelques amis et collaborateurs et d’ouvrir la voie à un projet plus imposant, peut-être, dans le futur.

12. Est-il important pour vous de « fixer » vos réalisations sur des supports physiques à l’heure de la dématérialisation des supports au travers d’Internet ?

Oui, surtout par ceque je trouve que la qualité d’une image numérique se révèle réellement dans des tirages de grands formats. Bien sûr, au-delà de l’aspect, il y a aussi le fait d’avoir en sa possession un objet d’art qui peut se conserver et se transmettre.

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13. Vous venez de débuter une collaboration avec Ann-Elodie Truchot, cette démarche s’inscrit dans un concept de « Poésie visuelle », pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Il y a longtemps que je songe à associer des textes aux images. J’en ai d’ailleurs fait une timide tentative dans « Rêves, contes et poésie ». En lisant les textes d’Ann-Élodie, j’ai découvert pour la première fois l’intérêt d’associer à mes images des textes originaux qui ont été créés en les visionnant. Bien que j’aime beaucoup créer des images pour illustrer un texte, je trouve la démarche inverse très enrichissante et cette collaboration me permet d’en explorer la portée. Je songe éventuellement à publier un recueil à partir de ces explorations.

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14. Internet est-il pour vous un support de communication positive ? Vous servez-vous au quotidien de cet outil dans une optique de promotion ?

Oui, Internet est devenu un outil de promotion essentiel pour tout créateur. D’abord parce qu’il constitue une source d’inspiration et d’apprentissage presque inépuisable. Ensuite parce qu’il permet de diffuser ses créations dans le monde entier avec une facilité déconcertante, pour qui se donne la peine d’apprivoiser un peu les outils de communication web, les réseaux sociaux, etc. J’avoue que la question des droits d’auteur me préoccupe. Bien sûr, la copie non autorisée des oeuvres peut contribuer à faire connaître des artistes qui, autrement, demeureraient dans l’ombre ; encore faut-il que ceux qui les copient se préoccupent d’en identifier les auteurs.

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15. Partant du principe que certaines de vos photographies subissent un traitement numérique, Photoshop est-il pour vous un outil devenu indispensable au quotidien ? Réalisez-vous, vous-mêmes vos traitements ou faîtes-vous intervenir des intermédiaires dans ce domaine ?

Oui, Photoshop est mon principal outil de post-traitement. Bien sûr, rien ne remplace une bonne connaissance de la technique photographique et des règles de composition. Par contre, en partant de photos techniquement bien réalisées, les logiciels tels de Photoshop ajoutent une autre dimension à la création en permettant de manipuler les couleurs, les contrastes, les textures et bien d’autre paramètres ; beaucoup plus, en fait, que ne le permettait le travail en chambre noire du temps de l’argentique.

J’ai apprivoisé assez rapidement cet outil pour me permettre de faire moi-même tous les traitements de mes images sans avoir recours à des tiers. Je peux ainsi poursuivre le processus de création bien au-delà de la prise de vue, en expérimentant et en choisissant tous les paramètres de l’image finale.

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9 Commentaires

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  • Clément Jutras - 2 juillet 2010 4:25

    Félicitations en premier lieu à Michel Feugeas, les photos sont merveilleuses et le texte de l’entrevue inspirant. Ça me plait beaucoup.
    Félicitations également aux auteurs de ce site Internet que je viens de connaitre. Présentation impeccable et de haut niveau. Il y a des choses fort intéressantes sur le web. Bravo !

  • Christophe Ravoz - 2 juillet 2010 8:24

    Merci de votre commentaire, nous sommes heureux que notre environnement vous plaise !

    A propos de Michel, effectivement, il est un artiste vraiment complet avec une vision de son art tout à fait passionnante, collaboré avec lui sur cet article fût très agréable, car il est aussi très accessible et sympathique !

    Je peux d’ores et déjà préciser que le photographe présenté le mois prochain est lui aussi, dans son domaine, particulièrement intéressant !

    A bientôt donc !

  • Pierre Van den Broeck - 2 juillet 2010 11:01

    Uw foto’s getuigen van een hoge artistieke waarde Michel.Betoverend !!!

  • Philippe Corriveau - 2 juillet 2010 3:07

    Bravo à Michel pour cette reconnaissance fort bien méritée. Sa grande soif de connaissances, de l’histoire de l’art et des hommes depuis ces début jusqu’aux récentes technologies, confère une grande profondeur au traitement artistique de ses oeuvres. Merci de bien vouloir partager ta vision du monde, si riche et passionnante. Espérant voir ton oeuvre s’enrichir et se poursuivre pour de biens longues années encore.

  • Florian Jutras - 4 juillet 2010 4:50

    J’ai peu de connaissance du langage pictural artistique, de ses règles, de son vocabulaire qui permettent de cadrer et d’identifier les différentes émotions et de les transmettre en une langue intelligible. Souvent ce « jargon » de chapelle employé sans discernement et sans retenue, coupe le courant de l’émotion qu’il devrait transmettre.

    Je ne saurais non plus retrouver l’intuition originale d’un auteur. Une image vaut mille mots, une oeuvre prête à mille interprétations. Ne connaissant ni le vocabulaire de cet art ni la sensibilité propre à M. Fugeas, je ne saurais qualifier aucune des photos présentées autrement que par des banalités comme je les trouve « très belles » et « elles m’inspirent beaucoup ».

    C’est dire que je demeure sans mot pour dire ce que je ressens ou ce que je vois. Cependant, si je m’arrête à chacune de ses photos, les plus simples et les plus dénudées d’artifice comme les plus génialement composées je ressens de chacune une même atmosphère qui me pénètre de partout comme le fait une atmosphère sans mot ni qualificatif, une atmosphère de mystère. Il est difficile de disséquer le mystère. Du moins moi je n’y parviens pas.

    Le mystère est entier comme une signature. Un jour j’ai passé au moins une demi-heure (pour moi c’,est beaucoup) assis, médusé, sans mot et sans analyse devant le mystère que Guernica de Picasso dégageait sans savoir et sans vouloir savoir ce que pouvait signifier aucun de ses éléments. Aujourd’hui, sans avoir beaucoup lu sur Picasso je peux reconnaître ses oeures sans regarder sa signature. Son mystère les signe toutes comme celui qui ressort des peintures de Michel Fuegas. Sans connaître les lettres de ce mystère je le lis dans chacune de ses photos. Ce mystère me fascine comme le fait la découverte d’une riche personnalité. La fonction de l’art, dire l’indicible.

  • HyunGyu Oh - 30 août 2010 2:26

    Wow. Que interesante! I like these pictures. It is so impresive. Like Istvan Sandorfi’s work, these pictures are touching my mind.

  • feugeas - 26 novembre 2010 7:02

    Bonjour,
    Je viens de tombé par hasard sur vos photos.
    De mon côté j’avais peint ceci :
    http://picasaweb.google.com/famillefeugeas/Peintures#5463198049807100690
    Marrant ! Non ?
    Votre travail est très beau.
    Bien à vous.

    Jean-Luc Feugeas
    famillefeugeas@gmail.com
    http://picasaweb.google.fr/famillefeugeas/Peintures

  • Patricia Fernandez G.Paty - 13 décembre 2010 11:03

    Me parece un magnìfico àlbum de fotografìas

  • Jacq - 7 septembre 2011 2:16

    Wow, beautiful perfect photos !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Pozdrawiam!!!!!!!!!!

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